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« Un retour aux bases du journalisme »

Les sont en pleine évolution. Le métier change, l’information aussi. Comment nous est-elle livrée aujourd’hui, sous quelles formes et pourquoi ? Et surtout, qu’attendons-nous d’elle ? Tarik Magra, responsable du , TV et presse de Vice France répond à ces questions.

La consommation des médias, en particulier sur les , transforme les usages et les attentes des lecteurs. Ces nouveaux canaux sont-ils aujourd’hui le vecteur principal d’une information plus personnalisée ?

Tarik Magra
 : La curation naturelle par l’intérêt n’est pas forcément plus prononcée qu’avant l’utilisation quotidienne des réseaux sociaux. Les canaux sont peut-être plus ciblés aujourd’hui, mais aussi beaucoup plus nombreux. D’un point de vue éditeur, chaque réseau a ses qualités et ses défauts. Les sites qui concentrent leur stratégie éditoriale sur la reprise d’informations et misent uniquement sur les réseaux sociaux pour toucher leur audience, prennent le risque d’être totalement dépendants d’eux. Pour le cas de VICE, et même si nous y sommes très actifs, la confiance de l’audience en notre marque média nous permet d’acquérir une grande partie de notre trafic « en organique » en dehors de ces réseaux, que ce soit en direct ou via Google, par exemple.   

Est-il indispensable aujourd’hui de cibler encore plus son lectorat ? De prendre le parti de ne s’adresser qu’à un type de lecteur, quitte à perdre les autres ?  

T.M
 : VICE est souvent pris en exemple comme étant l’un des seuls médias qui sachent « parler aux jeunes adultes » et les intéresser, avec un lectorat situé entre 18 et 34 ans. Mais ce n’est en réalité pas tant une question de ciblage, que de centres d’intérêt. La moyenne d’âge de nos employés est aujourd’hui de 26/27 ans, et nos équipes éditoriales ne parlent que de ce qui les passionne. Nous prenons la parole sur tous les sujets qui nous importent : l’information, la musique, les sciences, le sport, la mode, l’alimentation ou l’art. Nous limitons de fait notre lectorat à des personnes qui ont les mêmes intérêts que nous, ce qui représente quand même pas mal de personnes. Après, essayer par tous les moyens d’atteindre une cible pour le seul intérêt financier, est, sauf cas exceptionnel, voué à l’échec.  

Les médias « traditionnels », et l’information comme on la connait aujourd’hui, ont-ils encore une chance de survie ? Ou doivent-ils se plier à ces nouveaux usages apportés par le numérique?  

T.M :
Certains médias traditionnels continueront d’être suivis, tant qu’ils continueront à faire ce qu’ils savent faire : proposer un grand public de qualité. Pour les autres, le simple passage au numérique ne suffira probablement pas à les pérenniser. De notre point de vue, le point qui mérite toutes les attentions, de même que les investissements, c’est le contenu. C’est sa qualité et sa constance qui créent la confiance que portera le lecteur à un média. Ensuite, une stratégie marketing intelligente est certes indispensable au du média, mais elle n’en sera jamais la clé.  

Le rôle du et la manière dont il travaille changent-ils aujourd’hui ?  

T.M :
Le nouveau journalisme dont on qualifie VICE n’est en fait,  quand on s’y attarde, qu’un retour aux bases du journalisme : la présence sur le terrain, de l’enquête au long cours, une plume travaillée et un sujet incarné, des informations vérifiées. Concernant le rôle du journaliste, en tant que tel, il n’a jamais changé : transmettre une information de la manière la plus claire et directe possible. Maintenant, si vous parlez des sites animés par des viviers de rédacteurs qui agrègent des informations venues d’autres médias de manière presque robotique, afin de générer du trafic, cela existe. Mais personne n’est vraiment dupe, et même ces « journalistes » ne se qualifient plus vraiment comme tels.  

Va-t-on assister à la fin du support unique sur un média ? Peut-on aujourd’hui traiter un sujet en n’utilisant que l’écrit, ou faut-il obligatoirement jumeler vidéo, textes, données…

T.M :
Mieux vaut s’attarder sur le fond que sur la forme. C’est le sujet qui appelle le format, et non l’inverse. Cela dit, même si nous maîtrisons tous les formats existants, cela ne nous empêche pas de continuer à en chercher de nouveaux.

Les principaux réseaux sociaux veulent devenir des plateformes média à part entière, hébergeant directement des contenus. Vous en pensez-quoi ? 

T.M : Ils souhaitent héberger directement les contenus pour en maîtriser la monétisation, pas pour les produire : ils restent dans leur rôle de plateforme de distribution. Il faut savoir tirer parti des évolutions de ces plateformes : avec YouTube, avec Apple Music, Rogers, Snapchat, ou dernièrement le nouveau service vidéo de Spotify, entre autres. VICE a toujours essayé de proposer simplement les meilleurs contenus adaptés à chaque plateforme. En fait, ces évolutions des réseaux sociaux annoncent surtout la fin des agrégateurs.  

On parle aujourd’hui de Twitter comme première source d’information. Les réseaux sociaux seront-ils le premier canal d’information à l’avenir ?  

T.M : Si le premier contact vient souvent des réseaux sociaux, face à la multiplicité des sources d’information les lecteurs se tournent vers des médias en lesquels ils ont confiance. L’important, une nouvelle fois, est de rester pour notre lectorat une source d’information fiable. Les réseaux sociaux n’en sont que le relais. Mais on ne peut ignorer leur rôle comme sources d’information immédiate. Ils se révèlent d’eux-mêmes nécessaires lors de manifestations, d’accidents, d’attentats, etc. Le travail du journaliste est de synthétiser tout cela pour en tirer du sens et faire émerger une idée, et proposer une information vérifiée. Cela, pour l’heure, les réseaux sociaux ne le font toujours pas.

Curated from « Un retour aux bases du journalisme » – Point de vue influenceur – Les clés de demain – Le Monde.fr / IBM

 

 

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